Le malaise de l’Education Nationale

mercredi 22 juin 2011
par  SUD Education NICE
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« Un direc­teur d’école se pend dans sa classe », « Deux pro­fes­seurs se donnent la mort en Basse-Normandie »... Les cas de sui­cides dans l’Education natio­nale ont fait, ces der­niers mois, les gros titres de l’actualité. Pourtant le malaise ambiant ne date pas d’hier. Déjà en 2002, une étude épidé­mio­lo­gique de l’Inserm recen­sait 39 cas de sui­cides par an pour 100 000 ensei­gnants. Il s’agit de la pro­fes­sion la plus tou­chée, sui­vie de près par les fonc­tion­naires de police.

 Un malaise aux ori­gines multiples

Selon une enquête com­man­dée par le minis­tère de l’Education natio­nale (1), la quasi-totalité des pro­fes­seurs de col­lèges et de lycées (93 %) pense que le malaise ensei­gnant existe réel­le­ment. Et 67 % des ensei­gnants se sentent per­son­nel­le­ment concer­nés. Ce taux est en hausse de 14 points par rap­port à 2005 où il n’était « que » de 53 %, tra­dui­sant un réel mal-être des ensei­gnants dans l’exercice de leur métier.

Les prin­ci­pales rai­sons de ce malaise ?

Les ensei­gnants dénoncent en pre­mier lieu un manque de recon­nais­sance pro­fes­sion­nelle (cité par 47 % des ensei­gnants son­dés), les condi­tions de tra­vail (pour 33 %) et enfin, à un degré moindre, les condi­tions de rému­né­ra­tion, citées par 12 % des ensei­gnants.

Et chiffre plus inquié­tant, 27 % d’entre eux songent à ces­ser d’enseigner en col­lège ou lycée dans les années à venir.

Un résul­tat qui n’étonne guère Chantal Lacassagne, secré­taire natio­nale en charge du dos­sier santé au tra­vail du SE-Unsa (2) : « C’est le niveau qui reçoit de plein fouet les effets conju­gués des réformes, des res­tric­tions bud­gé­taires et des com­pli­ca­tions liées à l’âge des élèves. Les ensei­gnants doivent faire face aux dif­fi­cul­tés sco­laires des élèves et à l’incompréhension ou à l’attente déme­su­rée des familles, elles-mêmes en butte à des condi­tions de vie de plus en plus dures » .

La situa­tion n’est guère plus réjouis­sante du côté des ensei­gnants agré­gés.

D’après une enquête de la Société des agré­gés de l’Université (3), 45,6 % des pro­fes­seurs inter­ro­gés ont été ten­tés de démis­sion­ner et 73,6 % envi­sagent une recon­ver­sion. Le manque de recon­nais­sance dans l’exercice de leur métier, le stress et le besoin de renou­vel­le­ment intel­lec­tuel en sont les prin­ci­pales causes.

Pour José-Mario Horenstein (4), psy­chiatre spé­cia­lisé dans la santé men­tale des pro­fes­seurs :

« Un grand nombre d’enseignants souffrent de ce que l’on appelle le burn out, qui se mani­feste par une sen­sa­tion d’épuisement phy­sique et émotion­nel. Elle se tra­duit par une mise à dis­tance du tra­vail, des élèves et de la hié­rar­chie et se trans­forme petit à petit en dis­cours très cri­tique, voire cynique. Ils peuvent égale­ment res­sen­tir un sen­ti­ment de manque d’accomplissement dans le tra­vail ».

Ce type de symp­tômes pose pro­blème car il est conta­gieux et va donc avoir un impact sur le cli­mat sco­laire : « Dans le cadre du tra­vail, lorsqu’on est constam­ment en contact avec des per­sonnes qui tiennent un dis­cours cynique, cela finit par nous influen­cer », pré­cise José-Mario Horenstein.

« Ce sen­ti­ment de malaise est lié au stress chro­nique. Les rela­tions par­fois dif­fi­ciles avec les élèves, la sur­charge de tra­vail, la déva­lo­ri­sa­tion du métier de l’enseignant, la perte de son auto­no­mie ou encore le pro­blème de l’hétérogénéité des classes en sont les prin­ci­pales causes. »

 Un plan de prévention

Pour ten­ter d’enrayer ce malaise, le minis­tère de l’Education natio­nale s’est engagé dans une meilleure prise en compte du bien-être au tra­vail avec la mise en place du pacte de car­rière (5).

Des Comités d’hygiène, de sécu­rité et de condi­tions de tra­vail (CHSCT) per­met­tant de contri­buer à la pro­tec­tion de la santé phy­sique et men­tale et à l’amélioration des condi­tions de tra­vail vont ainsi être mis en place.

Quelque 80 méde­cins pré­ven­tions sont égale­ment en cours de recru­te­ment.

Pour José-Mario Horenstein : « Ces mesures devraient avoir un impact posi­tif sur la santé men­tale des ensei­gnants. Les dif­fi­cul­tés rela­tion­nelles entre adultes dans le cadre de l’école sont un fac­teur impor­tant de stress.

L’enseignant a besoin de sen­tir sou­tenu, de pou­voir par­ler à quelqu’un de ses dif­fi­cul­tés au sein de l’établissement.

Il ne faut pas hési­ter à orga­ni­ser des inter­ven­tions thé­ra­peu­tiques lorsque c’est néces­saire.

Il est égale­ment impor­tant de mettre en place une ges­tion par­ti­ci­pa­tive du stress.

En repé­rant, par exemple, les choses qui ne vont pas dans le cadre du tra­vail à tra­vers des ques­tion­naires qui vont évaluer les risques psycho-sociaux et en orga­ni­sant des dis­cus­sions pour amé­lio­rer les condi­tions de tra­vail. » Enfin, le der­nier point essen­tiel à déve­lop­per pour José-Mario Horenstein : « C’est la for­ma­tion du per­son­nel d’encadrement sur les pro­blèmes de com­mu­ni­ca­tion et la ges­tion des conflits. Celui-ci a un rôle impor­tant à jouer pour pré­ve­nir le stress ».

Stéphanie Marpinard

  • Note(s) :

(1) Enquête réalisée en 2008 auprès de 1 200 enseignants du second degré dans les collèges et lycées publics.

(2) Chantal Lacassagne a participé en avril 2010 à la mission d’information sur le mal-être au travail. La commission des affaires sociales du Sénat avait auditionné, dans ce cadre, les organisations syndicales au sujet du mal-être des enseignants.

(3) Enquête réalisée en 2010 par la Société des agrégés de l’Université sur le moral des professeurs du second degré auprès de 400 sondés.

(4) José-Mario Horenstein est psychiatre au Centre de santé mentale et de réadaptation des personnels de l’Education nationale de la MGEN.

(5) Depuis la rentrée 2010, Luc Chatel propose aux enseignants un nouveau pacte de carrière, qui repose sur une revalorisation du métier d’enseignant et une meilleure gestion des ressources humaines.


source : http://www.vousnousils.fr/2011/06/1...

Commentaires :
Bien sûr le ministère a mis en place un plan de prévention qui bien sûr ne règle rien, faute de moyens et de volonté.

Au contraire les nouvelles évaluations prouvent que la porte de sortie se prépare avec l’entretien obligatoire au bout de deux ans d’ancienneté ainsi qu’après 20 ans d’ancienneté :

il faudrait être naïf pour ne pas voir se profiler des licenciements pour insuffisance professionnelle !

De même, nous savons bien que dans un très grand nombre de cas les difficultés que rencontre un enseignant sont amplifiées parce que l’enseignant n’est aidé que par ses collègues, comme ils le peuvent.

Trop souvent dans le privé sous contrat confessionnel, à tous niveaux de responsabilité, la charité consiste à enfoncer la tête sous l’eau de l’enseignant qui se noie dans ses difficultés !

Seule solution : la solidarité !

Solidaires, qu’on se le dise !


Commentaires

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jeudi 19 juin 2014 à 16h46 - par  libellule

Certains disent qu’ils songent a démissionner, mais le font ils ? Leur taux de démission est il plus élevé que celui des autres professions toutes choses égales par ailleurs ?
Quant on n’en peut plus de son métier on démissionne.

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